Cette installation est une réflexion sur l’anonymat, sur le groupe, sur la trace, l’errance, sur la renaissance d’un peuple devant le bourreau. Sur ce que l’on appelle la catastrophe, « la Shoah »
J’ai conçu cette installation autour de trois médium qui se sont associés au fil de mes recherches : Photographie, vidéo, écriture.Ce travail ne se veut pas un témoignage de cette époque, ou une investigation sur ce qui s’y est déroulé, mais une réflexion sur les principes qui la compose, sur une récurrente histoire d’un peuple.
L’anonymat, la fragilité, la disparition du corps sont la raison des “nuques”. Allongées elles sont passives, démunies, et les identités tendent à disparaître. Seuls les cheveux persistent comme unique trace de mémoire, les corps sont déjà avachis prêts à la disparition.
Les “coussins”, dont on suppose qu'ils ont été défaits (comme on dit d'un lit qu'il a été défait) par le sommeil ou l'agonie des hommes qui ont reposé là, où de l'intérieur émergent des cheveux, évoquent immanquablement l'absence mais aussi la mémoire et la persistance de la trace des événements. Comme une plante perçant le sol, ils jaillissent au grand jour pour révéler la graine qui était sous terre: La mémoire.
Les “jambes” sont une question d'identité et d'anonymat, d'affirmation ou d'émergence de l'individu dans la foule. Forêt de jambes nues anonymes, d'où se détache au premier plan une paire isolée, consciente peut-être de sa différence, ou extraite vers un autre destin.
Les “colosses” sont des femmes allongées sur le dos, inertes et à la fois sans doute parce qu'on devine qu'elles sont enceintes, porteuses de vie, du renouvellement indéniable de la vie, de la continuité, de l’impossibilité de l’éradication totale.
Les “fleurs”, elles, font songer à un système de comptabilité anonyme, à un de ces cimetières militaires où des centaines de croix blanches sont alignées au cordeau, toutes identiques dans leur apparence mais représentant chacune un individu. Mais, parce que les fleurs sont vivantes et que les colosses sont des femmes fécondes, ces deux séries parlent avant tout de renaissance, de résurgence, de renouvellement, de la continuité de la vie de l'espèce, de la mémoire, par-delà la mort et l'oubli.
Quatre textes en regard aux photographies s’ajoutent . Ils explorent la fragmentation de la phrase, sa dualité, sa dislocation, métaphores de celle des hommes pris dans l’engrenage de cette histoire. Ces quatre textes sont présentés dans l’installation sous forme de  quatre vidéo, à l’intérieur desquelles les textes défilent par fragments se rencontrent et se repoussent, apparaissent, disparaissent, tendent vers l’émergence de la prise de parole.
Une deuxième pièce vidéo nous emmène dans un espace où aucune limite physique n’est perceptible. Des individus errent dans un monde sans fin sans repères, tournent en rond, se croisent.
Comme une prison mentale qui évoque l’espace clos d’un peuple privé de ses repères après l’épreuve. Une errance dans laquelle aucune notion de temps existe, un contrepoint de la libération des camps confronté à l’espace vide de ce nouveau monde. Cette installation forme un ensemble homogène où sont suggérés plutôt qu’illustrés les thèmes fondamentaux de la Shoah, de l'identité, de la destinée humaine qui ont découlé de cet événement, de son éternelle condition.
 
Lionel Bayol-Thémines
Nuques, Coussins, Colosses, Fleurs, Jambes
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